MEDIA - Quand BFM TV se met en grève, cela se voit et cela mérite qu’on s’y attarde quelques instants.


Cet article a été publié le par Groupe Web92.

En fait, le plus gros problème de la chaîne n’est pas son état financier, mais ses éditorialistes. Un plateau avec trois éditorialistes coûte beaucoup moins cher qu’un long reportage comme l’émission Ligne Rouge qui est de bonne facture. Sans aller jusqu’à dire que les éditorialistes doivent disparaître (car s’ils sont là, c’est qu’il y a un audimat derrière) la chaîne pourrait les renouveler, mettre des personnes plus jeunes, au parcours plus diversifié.

Source de l’information: Znet. Un article de Tris Acatrinei : Consultante en sécurité informatique, Tris Acatrinei est aussi une enfant de l'industrie du divertissement, qu'elle prend comme une source d'inspiration.
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activité LA CHAÎNE BFM TV SUBIT UN CURIEUX PARADOXE :
Elle est la première en termes d’audience et pourtant, à lire les commentaires sur les réseaux sociaux, elle serait surtout la chaîne la plus détestée de France. Ses journalistes ne seraient que des vendus au pouvoir ou aux contestataires de toutes sortes selon les auteurs, ils ne feraient que des émissions médiocres et leurs invités seraient stupides. Une fois qu’on a passé ces quelques amabilités, entrons dans le cœur du sujet, à savoir la grève, mais surtout le fonctionnement d’une chaîne d’info en continu.

activité UN PLAN INJUSTE
Lorsque l’épidémie a frappé la France et que le confinement a été décrété, toutes les activités non essentielles ont été stoppées ou fortement ralenties. On a parlé des enseignants, des soignants, des forces de l’ordre, des personnels des supermarchés, etc. Mais on doit aussi compter les journalistes, en particulier les pigistes et indépendants, qui ont continué d’aller sur le terrain pour nous informer. Quant à ceux restés en rédaction, ils ont essayé du mieux qu’ils pouvaient de décrypter les mesures de restrictions, les gestes sanitaires, etc. En résumé, ils ont informé et fait de la pédagogie.

activité Pourtant, le groupe NextRadio TV a décidé de procéder à un plan d’économie et de reconquête, prévoyant la suppression de 330 à 380 CDI et jusqu’à 200 pigistes et intermittents, soit un tiers des effectifs. Raison invoquée : l’impact du COVID-19 et la concurrence accrue. Il est vrai que toutes les chaînes privées ont dû affronter une baisse significative de leur recette publicitaire.

Mais pour le reste ? Il suffit de lire les différentes réactions sur Twitter avec le hashtag #BFM ou #BFMTV et de le comparer avec # CNews ou #LCI pour constater que BFM garde un certain audimat. Lorsqu’un média périclite, perd son audimat ou son lectorat, les licenciements sont malheureusement inévitables. Mais quand ils sont annoncés dans une structure bénéficiaire, c’est incompréhensible et injuste.

En fait, le plus gros problème de la chaîne n’est pas son état financier, mais ses éditorialistes.

activité Sans rédaction, pas d’éditorialistes
Depuis trop longtemps maintenant, les médias, en particulier les chaînes d’info en continu privilégient les plateaux avec des éditorialistes, qui dissertent sur tout. Ils doivent avoir une opinion sur tous les sujets et passer sans difficulté du prix du pain au terrorisme.

Forcément, ils ne sont spécialistes de rien et il leur arrive de dire quelques âneries. La difficulté de l’exercice est qu’il pénalise l’ensemble de la chaîne de travail.
- Christophe Barbier, l’inénarrable éditorialiste à l’écharpe rouge par tous les temps, nous a gratifiés de quelques sorties pas toujours très intelligentes.
- Alain Duhamel est journaliste politique depuis Pompidou.
- Quant à Éric Brunet qui se vante de ne pas être journaliste, l’écouter suffit à faire monter sa tension à 73… Ils sont populaires, mais sans toute une rédaction — au sens large — derrière, la machine ne tourne pas.

activité Mais un plateau avec trois éditorialistes coûte beaucoup moins cher qu’un long reportage comme l’émission Ligne Rouge qui est de bonne facture. Sans aller jusqu’à dire que les éditorialistes doivent disparaître (car s’ils sont là, c’est qu’il y a un audimat derrière) la chaîne pourrait les renouveler, mettre des personnes plus jeunes, au parcours plus diversifié.

Ce que l’on doit garder à l’esprit, c’est que cette chaîne ne peut pas tenir sans les journalistes, les pigistes et les intermittents. La preuve en est que tout l’après-midi, BFM a rediffusé des reportages de Ligne rouge. Ayant la chance d’être invitée assez régulièrement, je vous propose de découvrir un peu, avec moi toutes ces personnes.

activité Promenade chez BFM TV.. Comment arrive-t-on sur le plateau de BFM TV en tant qu’invitée ?
Vous recevez un coup de téléphone ou un mail ou un message sur Twitter d’un journaliste. Une actualité concerne votre domaine de compétence et on vous propose de venir en parler en direct. Vous dites oui et le journaliste donne les informations vous concernant à un chargé de production. Il va vous mentionner au planning, voir avec vous les modalités de transports, prévenir la sécurité, l’accueil et la loge maquillage.

Un taxi vient vous chercher, vous amène à la rédaction. Éventuellement, avant le direct, on vous demandera de parler quelques minutes face à caméra pour un reportage qui sera diffusé plus tard. Vous traversez la rédaction, agencée en open-space, vous croisez des journalistes dans tous les coins, sur leur PC, au téléphone, prenant des notes, faisant le montage des reportages, voire tout cela à la fois. Pendant ce temps, le journaliste et le chargé de prod qui se sont occupés de vous, collectent des informations sur votre parcours, votre domaine, afin que le journaliste en plateau ait tous les éléments en main pour poser des questions pertinentes.

Ensuite, on vous descend en loge maquillage pour que vous n’ayez pas l’air de sortir d’une tombe. Un technicien vous équipe avec un micro-cravate et un autre vous donne le go pour entrer. En direct, vous avez toute la régie qui règle les caméras, le son, envoie les coupures pubs ou les reportages, surveille le temps de parole des invités politiques, etc. Sur le plateau, le journaliste qui présente doit surveiller son oreillette, garder un œil sur l’écran de PC en dessous de la table, un autre sur la grosse horloge, glisser un regard sur les écrans au centre du plateau pour tenir compte du direct diffusé, tout en restant proche de son portable au cas et rester droit sur sa chaise inconfortable. Une véritable gymnastique, presque une chorégraphie à maîtriser.

Une fois que vous avez terminé, vous rentrez chez vous. Pour un direct qui a duré 10 minutes, vous avez interagi avec au moins une vingtaine de personnes. Des gens dont vous ne connaissez pas forcément le nom ni la qualification, qui n’ont pas des rémunérations extraordinaires, dont les plannings sont mouvants d’un jour à l’autre.

activité Le métier de journaliste en France est devenu très fragile et le peu de soutien affiché aux grévistes est inquiétant. Si une chaîne comme BFM peut virer un tiers des effectifs en prétextant des économies, qu’en sera-t-il dans les autres rédactions plus fragiles ?
On espère que les négociations auront une issue favorable.

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